Les "Essarts" à Velesmes-Essarts


Essarts: Lieu essartés - Essarter: Arracher et brûler les broussailles après déboisement, brûlis de broussailles qui permet la culture temporaire. Larrousse
Encore un peu d'histoire...


Etymologie
Le terme Essarts ou Essards a pour origine les grands défrichements et déboisements du Moyen Âge, où l'accroissement de la population entraîna le besoin de gagner de l'espace sur la forêt. Certaines des nouvelles communes ainsi créées furent nommées Essart, du verbe essarter, signifiant défricher.


VELESMES "LA TRES BONNE"
ET LES ORIGINES DES ESSARTS MARTIN


On ne sait rien de plus de l'histoire ultérieure de Velesmes, si ce n'est que le village, en 1255, est vendu par son propriétaire, Jeannin de Montferrand, seigneur de Grandfontaine, aux comtes de Bourgogne (3). Plus tard, le village s'intégra durablement à la seigneurie de Torpes.
Quand au développement du village dans le val aménagé par le ruisseau de Sobant, sous la forme d'un hameau dénommé les Essarts Martin, il est rela-tivement récent. Il date plus précisément du début du 17 ème siècle, à la fin du règne d'Henri IV. On recense toutefois une première tentative, antérieure d'un siècle, d'implanter un groupe dans ce secteur : c'est en effet en 1523
ou 1524, sous le règne de François Ter, que Jean de Quingey, seigneur de Torpes, charge deux paysans de Dannemarie, Jacques Laurent et Pierre Gouver-nauld, de défricher, pour le cultiver, son bois de Narboz, situé entre Veles¬mes et Benusse. Les archives nous apprennent que les deux paysans s'acquit¬tèrent de leur tâche puisqu'ils défrichèrent une partie du bois et y culti¬vèrent du millet. Mais en novembre 1524, leur seigneur décéda sans avoir eu le temps de fixer par écrit les termes du contrat d'acensement : le seigneur donnait la terre à cens, c'est-à-dire contre la redevance d'une rente, en monnaie et / ou en nature. Comme la situation durait sans règlement d'aucune sorte, .les deux paysans abandonnèrent les terres défrichées, que réoccupa dès lors la forêt. (4)
Le 19 juillet 1609, Jean de Thomassin, seigneur de Torpes, acensa
de nouveau' "le bois de Narboz et les essardz Martin, situez riere le territoi¬re de Velesmes", à Etienne Garnache, "natif de Mortauld, mareschal demeurant aux moulins de Bereusse" (Benusse), et à Jeanne Calot, son épouse, pour es¬sarter ce bois, le mettre en culture et récolter à son profit les produits de son travail. En échange, le couple s'engageait à construire, dans le délai d'un an, une maison pour en faire leur demeure. En outre, le contrat en fai¬sait des "subjectz mainmortables dudict seigneur de Torpes" : autrement dit, ces serfs ne pouvaient transmettre leurs biens qu'en ligne directe et, s'ils décédaient sans enfants, c'est leur seigneur qui héritait.
- (3) Louis BORNE, Les sires de Montferrand. Thoraise. Torses Corcondra aux 1 ème 14ème et 1 ème siècles, Besançon 1924, p. 6 - 7 et p. 402 - 403.
- (4) Louis BORNE, ouvrage cité, P. 331 - 332.


Enfin, ils s'engageaient à payer à leur seigneur la cense annuelle et perpé¬tuelle de 4 hémines (5) de bon froment, autant d'avoine, plus 4 francs et une poule. Pour célébrer la conclusion de l'acensement, ils promirent de payer la somme de 300 francs au seigneur de Torpes qui déchargea* E. Garnache de toute dîme, et lui accorda le "droit de parcours et champoyage au finage dudit Velesmes", c'est-à-dire le droit de faire paître son bétail sur les terrains non clos, ou non cultivés à ce moment, du village (vaine pâture).
Le 13 septembre 1612, E. Garnache céda à Pierre Conrauld, originaire de Narboz, village autrefois situé entre Benusse et la route Dole-Besançon,
à son épouse Anne Chaboz et à leurs enfants Antoine, Hugues et Benoît, la moi¬tié des terres située du c6té de Velesmes : en contrepartie, la famille Con¬rauld s'engageait à verser au seigneur de Torpes la moitié de la cense due par le couple Garnache. Jean de Thomassin consentit à cette cession à condition que les Conrauld bâtissent "une maison de laboureur pour y faire résidence" et fournissent chaque année au dit seigneur "quand requis sera, une voyture de paille bonne et raisonnable" (6). Ainsi fut créé le hameau des Essarts Martin.
Arrêtons-nous quelques instants sur le nom de hameau : les Essarts Martin. On le trouve déjà dans le contrat d'acensement du 19 juillet 1609 : "les essardz Martin". En l'état, il suffit à nous informer sur les conditions de la naissance du hameau. Le terme "essart" constitue en effet, avec ses Pareils - "artigue" dans le sud-ouest, "abergement" en Bourgogne et dans le Jura - un indicateur précieux des défrichements opérés au cours du Moyen Age (surtout du XI e au XIII e siècles) (7) ou, comme ici, de l'époque moderne "Essart" dérive de l'étymon exsartum, en latin vulgaire, formé sur le latin sarire, qui signifiait "sarcler": "essart", ou "essard", désigne donc un en¬droit défriché, gagné sur la forêt, et fait allusion à l'usage d'outils tels que la houe, le sarcloir, la hache, la serpe, etc. (8).
(5) Selon E. LITTRE, Dictionnaire de la lan ue française, "mesure de capacité chez les anciens Romains, contenant 0,27 lit."
(6) L. BORNE, ouvrage cité, p. 332 - 333
(7) Marie-Thèrèse LORCIN, le Moyen Age, Comprendre les campagnes françaises, Messidor/Editions sociales, Paris 1983, p. 139-140 ; Marc BLOCH, Les carac¬tères originaux de l'histoire rurale française, I, ouvrage cité, p. 5 et suivantes.
(8) Jean-Roubert PITTE, HistoireduEamage franiall, Tallandier, Paris 1983, I, p. 110.


Les assauts répétés contre le bois de Narboz, du nom même du hameau de défrichement créé à l'initiative des seigneurs de Corcondray (une des branches de la famille des seigneurs de Montferrand) (9), prou¬vent le souci des seigneurs qui se le sont partagés à une époque fort ancienne (Corcondray et Torpes), de le trouer de cultures et de le peupler de laboureurs à demeure, contribuant ainsi à accroître le nombre de leurs sujets soumis à redevances (10).
On ne manque pas de repérer d'autres microtoponymes fondés sur la forme "essart" dans la carte topographique de l'Institut Géographique National qui comporte la commune de Velesmes-Essarts (Marnay, 1/25000 e,
3323 ouest) : on trouve un bois dénommé "les Essarts du Mont" sur le terri¬toire de Thoraise ; le bois des "Essarts Dédier" et le lieu-dit "les Essarts" sur le territoire de Chemaudin le bois "l'Essart Pillot" sur le terri
toire de Villers-Buzon ; le bois "les Essarts" à Beaumotte-lès-Pin, en Haute-Saône ; les lieux-dits "le Grand Essart" à Courchapon, "les Essarts"
à Pelousey, "l'Essart Colard" à Moncley, etc.
S'il apparaît relativement tardif dans l'histoire du paysage de Velesmes •(16 e siècle ?), le mot est attesté dès le 10 e siècle, •dans le Berry, et on le rencontre dans toute la moitié septentrionale de la France et du Dauphiné (11).
Mais les défricheurs ne se sont pas bornés à marquer de ce mot les lieux arrachés à la forêt et ouverts à l'agriculture grâce à leur hache et leur pioche. Nombre de microtoponymes contribuent à rappeler, ici ou là, la présence d'une espèce forestière aujourd'hui disparue ou remplacée par d'autres espèces.
Ainsi notre "Bois des Saussottes" (n° 41 de la liste publiée dans l'Echo dé la Fontaine n°-5) tire-t-il son nom du saule : "Saussottes" dérive en effet du latin salix, "saule", suivi du diminutif - itta, qui a produit, en vieux français, les formes "saulze", "sauce", "sauch", etc.
(9) L. BORNE, ouvrage cité, p. 330 - 331.
(10) M. BLOCH, ouvrage cité, p. 8 ; M. -Th. LORCIN, p. 138.
(11) Auguste VINCENT, Toponymie de la France, Bruxelles 1937, p. 309, N° 805 ; Ernest NEGRE, les noms de lieux en France, Paris 1963, p. 151•; A. DAUZAT, ch. ROSTAING, ouvrage cité, p. 272.

ainsi que les toponymes actuels le Saussot, près de Montbéliard, la Saulsot¬te, dans l'Aube, Saulx, en Haute-Sa8ne, Saussey, en Côte-d'or, etc (12) ; peut-être convient-il d'y rattacher "le Saucy", -nom d'un bois de Louva¬tange / le-Petit-Mercey (Jura).
De même, le lieu-dit "Aux Vernes" (n° 72, section C 3 du cadas¬tre), qui correspond aujourd'hui aux grandes parcelles cultivées situées entre la route de. Torpes et Grandfontaine (Départementale 107) et celle de Roptelle, désigne un lieu autrefois peuplé d'aulnes. Le toponyme provient d'une forme dialectale, attestée aussi bien en langue d'on_ (nord de la France) qu'en langue d'oc (Midi), et contruite sur la racine celtique verno, verna, "aulne" (13).
On retrouve cette forme dans le nom de plusieurs communes du Doubs : Vaire-le-Grand, Verne, Vernois-le-Fol, Vernois-lès-Belvoir, Le Vernois® Plus près de notre commune, on recense un village, Lavernay, un hameau "le Vernois", entre Grandfontaine et la Marne, sur la départementale 106, et les lieux-dits "le Vernois" (commune de Thoraise), "les Vernes" (Champagney), "Sur le Vernois" (Serre-les-Sapins),"Lavernaufl'(Pouilley¬Français), "Lavernoye" (Pelousey), "le Vernois" (Villers-Buzon), "Vernay" (Sauvagney), "la Verneau" (Evans, dans le Jura),"Vernet" (Pin, en Haute-Saône), "Bois de Vernet" (Vrégille, Haute-Sa8ne),sur la seule carte de Marnay.
(à suivre)
François FAVORY
(13) A. VINCENT, p. 255, n° 631 ; E. NEGRE, p. 55 ; A. DAUZAT, ch. ROSTAING, p. 693 - 694 ; C. DONDAINE, p. 206. L'astérisque placé devant verno signifie que cette forme initiale, vraisemblable, n'est toutefois donnée qu'à titre hypothétique.


 
Commune de Velesmess-Essarts